Beaucoup de cérébralité, peu de sensorialité… Tel fut le paradoxe du récent congrès Sensory 2014, dans lequel j’intervenais pour exprimer ma vision du sensoriel comme instrument de reconnexion des entreprises à leurs clients et salariés.

Vu de l’esprit

congrès Sensory 2014 | Photo D. R

congrès Sensory 2014 | Photo D. R

Arnaud Aubert, du laboratoire Emospin, a réaffirmé que la perception sensorielle est toujours une construction de l’esprit : « Le cerveau recherche en permanence des régularités ou des récurrences dans les formes, afin de construire du sens ». Fait essentiel : les sens ne s’additionnent pas, ils interagissent, simultanément… « L’émotion est une préparation à l’action, une pensée incorporée ».

« L’émotion facilite la connaissance par les processus de perception, d’attention, de mémorisation et de décision qu’elle enclenche », déclare en écho David Sander, de l’université de Genève. Face à un même choix, des émotions différentes entraineront des décisions différentes.

Selon le sémillant Alain Finkel, de l’École normale supérieure, nous passons notre vie à l’interpréter. « Tu ne vois pas le monde tel qu’il est mais tel que tu es », précise-t-il en citant le Talmud. En explicitant nos émotions, nous faisons évoluer notre système cognitif.

Vu de l’entreprise

Chez Renault, les ressentis des clients sont classifiés et intégrés dès la conception de nouveaux véhicules. « Nous explorons les émotions lors de la découverte du véhicule mais aussi dans son utilisation quotidienne », indique Nathalie Herbeth, responsable perception et analyse sensorielle du constructeur. Car les émotions augmentent le plaisir d’acheter et d’utiliser des produits.

Régine Charvet, cofondatrice de Certesens, et Xavier Allard, directeur du design d’Alstom Transport, travaillent sur l’ADN sensoriel du transporteur. Ou comment définir un produit juste, en cartographiant la perception olfactive, sonore, lumineuse, des utilisateurs d’un tramway ou d’un train. «Le sensoriel agit au service du bien être du passager, afin de transformer le voyage subi en voyage choisi».

Pour David Carvalho, directeur du design de Dassault Systèmes, il est essentiel de travailler sur des rites et d’utiliser l’imaginaire « comme un pont entre les usages et les technologies ». Avec son partenaire Thierry Lageat, d’Eurosyn, le designer a témoigné de nouvelles façons de vivre par l’interaction continue entre réel et virtuel.

Ce fut — enfin ! — un moment sensoriel, transmettant du sens, par les sens.