En 1992, cinq cents ans après le départ de Christophe Colomb depuis Séville vers les Indes, Carine Nguyen s’ancrait en terre andalouse. Étudiante Erasmus en économie, elle s’initie à l’art des chiffres, environnée de senteurs d’orangers et de jardins décorés de céramiques azulejos. Suivront quinze années de travail dans le commercial international, dans le domaine chimique et viticole, où elle agit à la jonction entre finance, logistique, stocks et flux tendus. « J’étais performante dans mon travail, mais j’agissais dans la répétition et je saturais de travailler en milieu clos ».

retrouver l'air libre

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Nouvelle vie

En 2011, elle lève à nouveau les voiles : cap vers la création végétale avec la fondation de Jade Design. « Je voulais changer de mode de vie, en travaillant en indépendante, à l’image de mon père, qui était ferronnier d’art, ancien compagnon du devoir spécialisé dans les rampesde châteaux,puis designer de mobilier. » Elle passe un BTS d’aménagement paysager, se forme à l’art du feng shui végétal à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles.

« J’ai baigné dans le design et décoration dès mon enfance. Je suis imprégnée par des espaces sans frontière, les liens entre intérieur et extérieur, le dedans et le dehors. Je sentais cette évolution vers le design végétal. Je suis faite de cette double culture du vivant et du décoratif, de la ligne esthétique. J’aime encapsuler et créer la symbiose entre contenant et contenu ».

Relier, apaiser, émouvoir

Le végétal est ainsi une façon d’être reliée à la nature, à l’humain, en harmonie. Comme un écho actualisé de vacances d’enfance passées chez ses grands-parents, près de Perpignan, terres où elle partait glaner amandes, thym, abricots et olives, entre garrigue et vergers. « C’est la campagne dans son essence, et l’essence de la vie, par les odeurs, les couleurs ».

Scénographie végétale

Scénographie végétale

Dans un monde urbanisé, Carine Nguyen utilise le végétal comme axe de bien être, qui, inséré dans des bureaux ou des établissements publics (hôpitaux, maisons de retraite), améliore le climat sensoriel, l’accueil des personnes. « C’est une façon de prendre soin, de se sentir respecté et apaisé ».

Pour un château du Sauternais, elle végétalise le comptoir d’accueil et les buffets lors d’un événement organisé à l’éco-pépinière Darwin, à Bordeaux. « Je ne suis pas fleuriste. Je travaille essentiellement le vivant. J’ai donc installé un jardin imaginaire composé de mousses, de plantes graphiques, de branchages en saule tortueux, d’ombellifères avec des mouvements de terrain, et des bulles végétales transparentes en suspension. À l’intérieur du meuble cela créait un effet d’aquarium nocturne, en mouvement sous l’effet du vent. »

D’autres collaborations suivront avec ce même domaine viticole, lors du salon Vinipro et pour une réception organisée au château. Carine Nguyen travaille également pendant plusieurs mois avec un spécialiste des toitures végétales et de l’aménagement paysager intérieur, imaginant pour des entreprises des compositions paysagères adaptées aux lieux et aux personnes.

Scénographie végétale

Scénographie végétale

En conscience

« Pour un établissement public, j’ai créé des patios extérieurs, sur des palettes végétales respectant la bio diversité. Dans mon processus d’élaboration, j’intègre en permanence les contraintes du vivant et l’originalité des formes. Quand je livre une bulle, un jardin ou une installation, la question est celle de la durée et de l’évolution, cela joue à la fois sur l’éphémère et le durable. Si le client n’a pas de conscience du végétal, celui-ci va s’étioler, voire mourir. C’est la raison pour laquelle je propose des installations relativement autonomes en utilisant des procédés anciens ou innovants qui limitent l’entretien. Mais tout être vivant nécessite un minimum de soin, c’est aussi sa richesse et son intérêt. »

La designeuse passe ainsi du temps à sélectionner les contenants (des bulles de verre) et les végétaux, mais aussi les substrats, à réaliser des cultures tests, à chiner pour trouver les formes qui iront de pair avec les plantes, à définir l’équilibre dynamique qui harmonisera l’ensemble, sans répétition. L’objectif est de recréer des microcosmes où l’humain perçoit l’essence de la nature. « Je suis admirative de l’art et du mode de vie japonais. C’est à la fois dense et profond, simple, imprégné du souci du détail et de l’épure », conclut Carine Nguyen.